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Publié par Scal

Pont ColbertChronique des métiers

texte et illustrations de Scal

 

Bonjour, tout d’abord, à tous les aficionados et les mordus de lecture de haute gamme. Que s’est-il passé durant les deux semaines écoulées sans nouvelles de Scal, votre serviteur devant l’éternel ? Rien de dramatique, je vous rassure. Un administrateur de blog over-hypra-sur-booké pour de bien bonnes causes (mais non, je ne débinerai pas Jyvais), un photographe en pleine mise en place d’exposition, de création de blog, la tête dans les nuages pour cause de cerfs-volants, les roms, les terroristes, les boucliers fiscaux, les femmes, et autres préoccupations ménagères. Un vrai professionnel dieppois débordissimement zoccupé. Professionnel dieppois en effet, cela ne vous renvoie donc pas quelque chose ? Et oui (il y en a 2 qui suivent) : ze chronique du mardi. D’ailleurs, à ce propos, nouveauté de fin de saison, ze chronique mue et devient celle du mercredi car : le lundi, nombre de travailleurs et commerçants se la coulent douce à monter chez Auchan ou faire leurs papiers ou faire leurs papiers chez Auchan au bar quand Madame hésite entre deux barils de lessive, et de plus, nos chères têtes blondes n’ont pas cours ce jour-là et pourront donc dévorer ces articles et prendre conscience de ce qui les attend jusqu’à 62 ans (ça y est je vais déclencher une grève dans l’éducation nationale, hilfe !!!).

Christian et noel 1En ce jour béni du 21 septembre, j’aperçois sous les rayons d’un soleil radieux de septembre, aux abords de mon balcon (j’arrête là, on n’est pas Balzac non plus), l’ossature métallique d’un monstre dieppois plus que centenaire. Il se tourne vers moi, fait trembler la structure de mon appartement et tombe, menton en avant, lourdement sur le bitume puis cesse de vivre…jusqu’à sa prochaine sollicitation. Car il faut bien lui donner des ordres précis à celui- là pour qu’il bouge son train avant. C’est à ce poste de commandeurs qu’interviennent quotidiennement Mr Christian Brichet , Mr Noel Férré, en roulement avec deux autres collègues, afin de faire sortir le pont Colbert de ses gonds, de libérer l’agressivité des automobilistes dieppois en retard au travail, et de permettre aux pécheurs d’atteindre le grand large (ou de rentrer boire un pastis « au coup de roulis » selon le sens de la marche).

Christian et Noel 2Ils sont les gardiens d’un monstre sacré de notre cité.

Après 2 ans d’irradiation au cœur de la centrale de Paluel (ça rend brillant), et 10 années à boire du café chez Nestlé en intérim (ça peut rendre nerveux mais il résiste), Christian intègre en 1991 l’équipe de maintenance du pont Colbert et, suite à la réussite d’un concours de la D.D.E, il devient manœuvrier du pont, poste qu’il occupe encore aujourd’hui. Noel Férré, quant à lui, en arrive aux manettes en mai 1999, après 15 années passées au service des pêches de Dieppe, à vendre du poisson à la criée et décharger les chalutiers de retour au port, à l’époque du »poisson dieppois, poisson de choix ». Ils occupent leurs postes fidèlement à raison de 2 équipes en roulement, sur deux à trois jours, à séquences de 2x4 heures quotidiennes, de jour comme de nuit. Ils sont les gardiens du temple et d’un monument du patrimoine dieppois érigé en1889 par l’ingénieur Paul Alexandre. Ils reçoivent les ordres d’ouverture de la vigie, ou «la falaise », comme ils la nomment dans leurs quotidiens, située sur la falaise de Bonsecours et travaillent selon le bon vouloir des marées, à raison d’une demi- heure à trois quarts d’heures de décalage quotidien. Pour tous ceux dont les klaxons intempestifs m’ont fait perdre plus de capacité d’audition que tous les concerts de hard-rock auxquels j’ai participé, sachez pour information que, lors de l’arrivée d’énormes bateaux gaziers ou d’engrais chimiques (décidément, on est bien entouré dans notre belle ville écologique), un laps de temps d’un quart d’heure d’avance à l’ouverture est nécessaire, pour des raisons simples de sécurité. Donc, chers automodébilistes, au lieu de pester après ces professionnels, soyez compatissants. Eteignez vos moteurs, préservez la couche d’ozone, descendez de vos 4x4, allez boire un coup au Mieux ici ou au jean Bart, visitez Le Pollet et ses spécialités humaines locales, allez acheter un kébab chez Hausman ou une pizza à l’Aventura, des fleurs chez madame Néel, un boudin à la charcuterie, des 8,6% chez l’épicier, une fenêtre chez Tryba, mettez un cierge à l’église, ou, simplement, prenez votre mal en patience : le pont ne cèdera pas, vous lui devez le respect, il est de toute façon…plus âgé que vous.

De cet ancêtre, l’avenir est incertain. Certaines voyantes du syndicat mixte connaissent déjà son avenir mais ne se prononcent pas. Sera-t-il conservé et lifté, remplacé par un modèle identique ou remplacé tout court ? Une sombre histoire financière se cache dans cette question. Un enjeu de taille est à venir sinon, sans passerelle, Le Pollet prendra son indépendance et je me présenterai comme maire. Et là, je ne vous dis même pas, préparez-vous à vivre une expérience anarchiste inédite…

Donc, à Mercredi prochain, sauf si je suis noyé au fond du port, embarqué sur un chalutier, descendu de sang-froid par le syndicat mixte, hanté par le fantôme de Colbert, ivre au Jean Bart car je suis descendu de ma voiture (et là, les gars je vous en veux), ou photographe exposant à Dubaï dans un casino du groupe Partouche… Aie Caramba

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scal 22/09/2010 00:33



Sur le pont du Pollet, on y rentre tous en biais